Vous cherchez « portefeuille Charles Gave 2025 » parce que l’économiste français a remis une pièce dans la machine médiatique fin 2025, et que son allocation intrigue. 50 % d’actions françaises, 25 % d’or physique, 25 % de yen japonais en cash. Pas de S&P 500. Pas d’obligations d’État classiques. Pas d’immobilier. Trois blocs, un pari sec.

Le message est clair, presque brutal. Mais avant de foncer répliquer cette allocation chez votre courtier, il faut regarder ce que ce portefeuille dit des marchés, et ce qu’il ne dit pas. Parce qu’entre la thèse macroéconomique et la mise en pratique, il y a un écart que les résumés en ligne gomment systématiquement.

Les trois composantes du portefeuille et la logique qui les relie

Charles Gave structure son allocation autour de trois piliers qui répondent chacun à une peur macroéconomique précise. Ce n’est pas une diversification classique, c’est une couverture de scénarios.

50 % d’actions françaises parce qu’il considère que les grandes capitalisations hexagonales sont sous-évaluées par rapport à leurs bénéfices réels et qu’elles bénéficient d’une exposition internationale forte. L’argument: un titre comme TotalEnergies, LVMH ou Sanofi réalise l’essentiel de ses revenus hors de France, donc la santé de l’économie française n’est pas le driver principal de leur performance.

25 % d’or physique parce qu’il anticipe une poursuite de l’érosion monétaire et refuse de faire confiance aux obligations d’État pour protéger le pouvoir d’achat. Sa conviction: dans un régime de taux réels durablement négatifs, l’or remplit la fonction que les emprunts d’État ne remplissent plus.

25 % en yen japonais parce qu’il voit dans la devise nippone un refuge en cas de déflation globale ou de krach obligataire occidental. Le Japon a financé sa dette avec de l’épargne intérieure pendant trois décennies sans crise de confiance; si les marchés obligataires occidentaux se tendent, le yen pourrait mécaniquement s’apprécier face aux devises dont les déficits courants se creusent.

Ces trois blocs ne sont pas décorrélés les uns des autres. Ils sont pensés ensemble, comme une position courte indirecte sur la stabilité du système monétaire occidental. Acheter de l’or et du yen, c’est parier que les banques centrales ne maîtriseront pas l’inflation sans casser la croissance. Acheter des actions françaises, c’est parier que les multinationales européennes continueront à capter la croissance mondiale même si l’Europe stagne.

C’est cohérent. Mais c’est aussi extrêmement concentré.

La matrice des quadrants: pourquoi cette allocation dépend d’un diagnostic macro

Charles Gave utilise dans ses analyses une matrice à quatre scénarios, croisant inflation et croissance. Cette grille de lecture détermine l’allocation qu’il recommande.

Les quatre scénarios de la matrice

Dans un quadrant « croissance forte / inflation contenue », un portefeuille classique actions-obligations fonctionne bien. Dans un quadrant « croissance faible / inflation forte », l’or et les devises refuges deviennent indispensables, et les actions doivent être choisies avec soin. C’est dans ce deuxième quadrant que Charles Gave situe l’économie mondiale depuis 2022, et qu’il projette 2025-2026.

La question, c’est que ce diagnostic est par nature provisoire. Une politique monétaire restrictive qui réussirait à casser l’inflation ferait basculer le scénario vers « croissance faible / inflation maîtrisée », un quadrant où l’or perd son utilité immédiate et où les obligations redeviennent attractives. Une relance budgétaire massive en Chine ou en Europe pourrait pousser vers « croissance forte / inflation persistante », un quadrant où les actions américaines retrouvent l’avantage.

Le portefeuille Gave performe si son diagnostic macro est le bon. Il sous-performe si le scénario change.

Le risque de la conviction unique

Ce que les présentations de ce portefeuille omettent souvent, c’est que Charles Gave défend ce type d’allocation depuis plusieurs années, et que la performance réelle dépend du point d’entrée. Un épargnant qui aurait répliqué cette stratégie en 2020 aurait connu un parcours très différent de celui entré en 2023, simplement parce que l’or a flambé entre-temps et que le yen a touché des plus bas historiques avant de rebondir.

La conviction macroéconomique est légitime quand elle est documentée. Mais elle ne remplace pas une analyse de la sensibilité du portefeuille à un changement de scénario. C’est la limite principale de l’approche par quadrants: elle ne gère pas le risque de se tromper de quadrant.

Performance historique et comparaison avec un portefeuille classique

Depuis 2020, le portefeuille Gave a surperformé le MSCI World sur certaines périodes, notamment en 2022, année où l’or a amorti la chute simultanée des actions et des obligations. L’allocation 60/40 classique (60 % actions Monde, 40 % obligations d’État) a essuyé l’une de ses pires années sur cette période, pendant que l’or et le yen jouaient leur rôle d’amortisseur.

En revanche, sur un horizon de 7 ans avec rééquilibrage annuel, l’écart de rendement annualisé entre ce portefeuille et un indice actions mondial n’est pas unilatéralement en faveur de la version Gave. Charles Gave lui-même conseille de rééquilibrer tous les 7 ans selon les évolutions des marchés. Ce qui implique qu’un mauvais rééquilibrage peut coûter cher si vous le faites au pire moment du cycle de l’or ou du yen.

Le point important: la volatilité de ce portefeuille est très différente de celle d’un ETF MSCI World. L’or peut faire -20 % une année sur un brutal resserrement monétaire. Le yen peut perdre 15 % face à l’euro sur un trimestre si la Banque du Japon maintient ses taux bas pendant que la BCE monte les siens. Et les actions françaises peuvent se prendre un décrochage sectoriel (luxe, énergie) sans que rien ni personne ne les rattrape.

C’est un portefeuille qui protège dans le scénario d’inflation désinflationniste subie. Il n’est pas conçu pour battre un marché haussier généralisé.

Répliquer le portefeuille Gave avec des ETF et des produits accessibles

La question pratique que vous vous posez probablement: comment construire ce portefeuille sans détenir des lingots dans un coffre et un compte en devise à Tokyo.

Les ETF pour la poche actions françaises

Un ETF CAC 40 à bas coûts remplit en partie l’objectif, mais il vous expose principalement au luxe, à l’énergie et à la santé. Si vous voulez élargir aux valeurs moyennes françaises, un ETF small caps France ou un ETF zone euro value peut compléter l’exposition. L’important pour un portefeuille de cette nature est de savoir ce que vous achetez vraiment.

Un ETF CAC 40, c’est une exposition marquée au luxe et à l’énergie, même si elle reste bien en deçà de 40 %: l’énergie y pèse environ 5,8 % et le luxe, mené par LVMH (~9-10 %), une part nettement plus faible. C’est bien si vous adhérez à la conviction de Charles Gave sur les champions français. C’est moins bien si vous cherchez une diversification sectorielle réelle.

Obtenir une exposition à l’or sans détenir du physique

Un ETF or physique (backé par des lingots conservés en chambre forte) offre une exposition au cours de l’or sans logistique. Les frais de gestion oscillent autour de 0,15 à 0,40 % par an selon les fournisseurs. C’est nettement moins que l’écart acheteur-vendeur d’une pièce d’or physique, surtout si vous devez la stocker et l’assurer.

En revanche, l’ETF or est un produit financier listé en bourse, soumis au risque de contrepartie (même réduit). Charles Gave insiste sur l’or physique pour cette raison précise: un ETF or reste une créance, pas un actif tangible. À vous de trancher entre la praticité et la pureté du concept.

Investir en yen sans ouvrir un compte au Japon

Un ETF monétaire en yen ou un simple compte multidevises chez un courtier en ligne permet de détenir du yen sans complication administrative. Les frais de conversion varient fortement entre les banques traditionnelles et les néo-courtiers. Sur une conversion de plusieurs milliers d’euros, l’écart peut représenter 1 à 2 % du capital.

Charles Gave recommande le yen en cash, pas en obligations japonaises ni en ETF actions japonaises. L’objectif est la devise pure, pas le rendement obligataire ni la croissance des entreprises nippones. C’est un choix radical: vous acceptez de ne rien gagner sur cette poche (les taux japonais restent faibles), en échange d’une protection en cas de crise de confiance sur la dette occidentale.

Combiner le tout dans une enveloppe fiscale adaptée

Un PEA vous permet d’acheter des ETF actions françaises et des ETF or éligibles (via des fonds indiciels répliquant l’or physique coté). En revanche, le yen ne peut pas être logé en PEA; il vous faudra un compte-titres pour cette poche. L’assurance-vie multisupport permet d’accéder à des fonds or et à des ETF actions France, mais pas directement au yen liquide. L’arbitrage d’enveloppes dépend de votre situation fiscale et de l’horizon de détention que vous visez.

Pour choisir vos ETF sans vous brûler, le bon réflexe consiste à comparer non pas le nom des fonds, mais leur tracking error et leurs frais sur 7 ans, la durée de rééquilibrage que Charles Gave mentionne lui-même. Un écart de 0,3 % par an sur 7 ans, avec capitalisation, c’est plusieurs centaines d’euros de différence pour un portefeuille de 20 000 euros.

Les limites de la stratégie: concentration, devise et coûts cachés

Ce portefeuille n’est pas un produit défensif. Il est concentré, peu liquide sur une partie (l’or physique si vous le détenez vraiment), et indexé sur des corrélations macroéconomiques qui peuvent se briser en quelques trimestres.

Le risque spécifique des actions françaises

Mettre 50 % de son capital dans des actions françaises, c’est prendre un pari sectoriel couplé à un pari pays. Si les marchés sanctionnent un jour le spread souverain français ou si l’Union européenne traverse une crise politique majeure, les grandes capitalisations françaises seront mécaniquement affectées, quel que soit leur chiffre d’affaires hors de France. Un fonds en euros bien géré pourrait faire mieux sur 3 ou 4 exercices.

Penser que TotalEnergies ou LVMH sont décorrélés de la France parce qu’ils exportent est un raisonnement partiel. Leur valorisation dépend aussi du coût du capital en zone euro et de la perception du risque politique par les investisseurs internationaux. Une dégradation de la note souveraine française toucherait l’ensemble des titres cotés à Paris.

La volatilité du yen

Le yen s’est déprécié d’environ 20 % face à l’euro entre 2021 et 2024 avant de se stabiliser. Détenir une devise qui peut se déprécier aussi brutalement, c’est accepter une volatilité très élevée sur une poche censée protéger le portefeuille. Le paradoxe est connu: un actif refuge peut devenir une source de perte si son prix d’achat est trop élevé par rapport à sa valeur de long terme.

Si vous entrez sur le yen à un niveau de 160 yens pour un euro et qu’il revient à 130, vous perdez près de 20 % sur cette poche en devise. Le caractère « refuge » ne vous protège pas du risque de change, il vous expose à un type de volatilité que la plupart des épargnants ne suivent pas au quotidien.

Le coût réel de la détention d’or physique

Détenir de l’or physique coûte entre 1 et 3 % au stockage et à l’assurance si vous passez par un prestataire spécialisé. Sans ces coûts, c’est vous qui assumez le risque de vol ou de perte. La différence avec un ETF or peut paraître minime sur un an, elle devient significative sur une décennie.

Charles Gave recommande l’or physique par principe, contre le risque de contrepartie. C’est une position philosophique qui se défend, mais qui a un prix. À vous de calibrer cette poche en fonction de votre tolérance réelle au risque opérationnel.

Faut-il intégrer d’autres classes d’actifs?

Charles Gave n’inclut ni cryptoactifs ni obligations classiques dans son allocation type. Il ne recommande pas le bitcoin dans ce portefeuille, et il évite les emprunts d’État qu’il considère insuffisamment rémunérateurs compte tenu de l’inflation anticipée.

Pour autant, certains commentateurs de cette stratégie l’enrichissent d’ETF sectoriels: énergie, Asie, small caps européennes. Ces ajouts modifient le profil de risque du portefeuille sans en changer la philosophie centrale, qui reste une couverture contre l’inflation non maîtrisée.

Ce qui est certain, c’est que toute altération du triptyque 50-25-25 dilue la cohérence du pari initial. Passer à 30 % d’actions, 20 % d’or, 20 % de yen et 30 % d’obligations, ce n’est plus le portefeuille Gave. C’est autre chose. Et c’est peut-être plus adapté à votre situation.

Charles Gave lui-même ne présente pas cette allocation comme universelle. Il dit qu’il faut l’adapter au pays dans lequel vous vivez et rééquilibrer tous les 7 ans. Cette précision, que peu de résumés mentionnent, change tout: le portefeuille n’est pas un objet figé, c’est une grille de lecture des déséquilibres macroéconomiques.

L’éducation financière en France accuse 20 ans de retard, et l’une des conséquences, c’est qu’on prend des allocations d’économistes médiatiques comme des recettes de cuisine. La vraie question n’est pas de savoir si Charles Gave a raison. Elle est de savoir si vous êtes capable de tenir 7 ans avec un portefeuille qui fera probablement -15 % une année sur deux sans que vous puissiez savoir à l’avance laquelle.

Questions fréquentes

Quel capital minimum pour répliquer ce portefeuille?

Avec un ETF actions France, un ETF or et un compte multidevises, vous pouvez techniquement répliquer cette allocation avec quelques centaines d’euros. Mais les frais fixes (conversion de devise, commissions de courtage) pèseront lourd sous 5 000 euros. En pratique, 10 000 euros est un seuil plus réaliste pour que la diversification en trois blocs ait un sens économique.

Le portefeuille est-il trop risqué pour un retraité?

Charles Gave lui-même insiste sur la différence entre « devenir riche » et « rester riche ». Rester riche demande de viser un rendement régulier d’environ 4 % par an net d’inflation, en investissant prudemment. Or ce portefeuille n’a rien de prudent au sens classique du terme: la volatilité y est forte et les tirages peuvent être sévères. Pour un retraité qui a besoin de revenus réguliers, cette allocation est très agressive, sauf à n’y consacrer qu’une part limitée de son patrimoine.

Quel est le rendement annuel moyen espéré selon Charles Gave?

Charles Gave ne publie pas d’objectif de rendement chiffré unique pour ce portefeuille. Il articule sa stratégie autour de la préservation du capital en termes réels plutôt qu’autour d’un pourcentage cible. D’autres intervenants évoquent des fourchettes indicatives autour de 4 % annuels nets d’inflation sur le long terme, mais il s’agit d’estimations externes, pas d’une prévision signée Gave.

Charles Gave recommande-t-il le bitcoin dans ce portefeuille?

Non. Il ne l’intègre pas dans l’allocation 2025 qu’il a présentée. Sa conviction reste centrée sur l’or physique pour la protection contre l’inflation et le yen pour la couverture déflationniste. Le bitcoin est un actif spéculatif, pas une devise de réserve dans sa grille de lecture macroéconomique.

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