8 % de rendement interne, cela paraît solide. Pourtant, ce chiffre ne dit rien de la valeur créée, du risque de liquidité ni de la durée réelle de détention. Si vous vous arrêtez à ce pourcentage sans comprendre comment le taux de rendement interne se calcule et surtout comment on le trahit, vous engagez des capitaux sur une illusion.
Le TRI ne remplace pas la réflexion. Bien lu, il chiffre ce qu’un rendement facial masque: le calendrier des flux, l’effet d’échelle, l’hypothèse de réinvestissement rarement tenue.
Le TRI n’est pas un rendement comme les autres
Un investissement qui rapporte 500 € puis 700 € après avoir mobilisé 1 000 €: quel est son vrai taux? La réponse n’a rien d’intuitif. Le TRI est le taux d’actualisation qui annule la somme des flux futurs rapportés à aujourd’hui. Autrement dit, c’est le seuil à partir duquel un projet devient neutre en valeur actuelle.
Là où le taux facial d’un livret ou d’un dividende se contente d’une division simpliste, le TRI intègre le moment où les encaissements se produisent. 1 000 € reçus dans dix ans ne pèsent pas le même poids qu’un loyer mensuel perçu tout de suite. Le TRI force à regarder le calendrier autant que le solde.
La connexion avec la valeur actuelle nette (VAN) est directe: la VAN mesure en euros la richesse créée par un projet une fois qu’on actualise les flux à un taux donné, tandis que le TRI donne le taux qui efface cette richesse. Autrement dit, si votre coût du capital est de 4 %, vous ne retenez que les projets dont le TRI se situe au-dessus. Le TRI fixe le plafond de votre exigence, la VAN vous dit combien vous gagnez concrètement une fois ce plafond respecté.
La mécanique du calcul: une équation implacable
Résoudre le TRI, c’est trouver le taux r qui vérifie cette égalité: 0 = CF₀ + (CF₁ / (1+r)¹) + (CF₂ / (1+r)²) + … + (CFₙ / (1+r)ⁿ)
Concrètement, un euro de flux futur vaut moins qu’un euro immédiat, et plus le taux monte, plus les flux lointains s’écrasent. Le TRI est le point d’équilibre exact entre ce que vous investissez et ce que vous récupérez, pondéré par le temps.
Les variables qui modifient le résultat
Trois leviers, pas plus. Les flux de trésorerie, annuels ou mensuels: un versement unique en fin de période ne pèse pas comme un loyer régulier. La période d’analyse: un TRI sur cinq ans avec un gros flux terminal n’a rien à voir avec le même TRI sur vingt ans. Et le taux lui-même, qui n’est pas une moyenne arithmétique: une hausse de 1 % du taux d’actualisation ne retire pas le même montant selon que le flux tombe à un an ou à quinze. D’où un calcul manuel vite fastidieux.
Un calcul manuel pour ancrer la logique

Un investissement initial de 1 000 €, un flux de 500 € en année 1, 700 € en année 2. La valeur finale atteint 1 200 €, mais le TRI n’est pas 20 %: il tourne autour de 15 %, parce que les 700 € arrivent après les 500 €. Sans tableur, on encadre la rentabilité. À 10 %, la VAN est positive (environ 33 €); à 15 %, elle passe négative (environ -8 €). Le TRI se loge juste au-dessus, autour de 15,2 %. Sur un projet long, cette approximation manuelle peut masquer un TRI surévalué de plusieurs points.
Excel: la fonction qui évite les approximations
En pratique, personne ne résout le polynôme du TRI à la main. La fonction TRI d’Excel le fait en itérant derrière le rideau. La syntaxe est TRI(plage de valeurs; estimation). Il suffit de lister les flux dans l’ordre chronologique, y compris le décaissement initial en négatif. L’estimation proposée (souvent 10 %) aide l’algorithme à converger, surtout quand le TRI attendu s’écarte beaucoup de 1.
Les erreurs de plage qui faussent tout
Une erreur fréquente consiste à oublier de signer le cash-flow initial en négatif, ou à sauter une année sans flux. Si vous laissez une cellule vide, Excel la traite comme zéro, ce qui décale le calendrier de l’investissement et fausse complètement le TRI. Une autre faute courante est d’utiliser la fonction VAN comme indicateur comparable: elle actualise au premier flux, alors que le TRI annule dès la période 0 en incluant l’investissement initial. Autrement dit, la VAN Excel ne donne pas le même résultat qu’une VAN manuelle qui intègre le coût initial.
L’illusion des flux lissés
Le TRI suppose que vous réinvestissez chaque flux intermédiaire au même taux. C’est une hypothèse forte, rarement satisfaite dans un PEA ou en assurance-vie. Sur un projet long, si vous placez les loyers encaissés sur un fonds euros qui ne rapporte que 1 %, le rendement réel de votre opération sera inférieur au TRI affiché par le tableur. La fonction VAN combinée à une estimation de taux de placement effectif donne une image plus fidèle.
Quand le TRI s’égare: trois angles morts

Le TRI est utile tant qu’on se souvient qu’il n’est qu’un taux, pas un verdict. Plusieurs configurations le rendent trompeur, et il faut les connaître avant de bâtir un projet de vie autour d’un pourcentage.
D’abord, les TRI multiples. Dès que les flux changent de signe plusieurs fois (investissement, dividendes, puis nouvel apport, puis revente), l’équation admet plusieurs solutions mathématiques, parfois absurdes. Un projet peut afficher un TRI de 30 % et un autre de -5 %, pour les mêmes flux.
Ensuite, l’hypothèse de réinvestissement que nous évoquions: le TRI présuppose que chaque euro dégagé peut être replacé au même taux. En réalité, ce taux varie. Sur un horizon de vingt ans, c’est une fiction qui peut surévaluer la performance de plusieurs points. Le taux modifié (TRI modifié) corrige ce biais en intégrant un taux de réinvestissement distinct.
Un exemple rend le biais tangible: un projet affiche 12 % de TRI sur dix ans, mais les loyers dégagés ne se replacent qu’à 2 % sur un fonds euros. Le rendement réellement encaissé tombe alors sous le taux affiché, de plusieurs points, sans qu’aucune ligne du tableur ne bouge. Le TRI n’a pas menti: il a supposé un monde où chaque euro se recase au même taux. C’est pour cela qu’on croise le TRI avec le délai de récupération, qui dit en combien d’années la mise revient, une information que le taux seul masque.
Enfin, l’effet d’échelle est ignoré. Un projet de 100 000 € avec un TRI de 20 % crée moins de richesse absolue qu’un projet d’un million d’euros à 12 %. Le TRI exprime une efficacité relative, pas un gain en euros. Pour quiconque vise l’indépendance financière et s’imagine cesser de travailler rapidement, ce distinguo est capital. Un petit TRI tiré d’un capital important peut vous y mener plus sûrement qu’un gros pourcentage sur une mise mince.
Le TRI immobilier et les SCPI: un cas concret
Pour les investisseurs qui se demandent comment quitter le salariat et vivre de leurs placements, le TRI immobilier est un outil de simulation. Prenons un achat locatif à 100 000 €, loué 4 % net par an pendant dix ans, avec une revente au même prix. Sans la revente, le TRI sur la période est faible. Intégrez la cession au même prix, et le TRI total atteint environ 8 %, comme le rapporte Dougs pour un cas analogue.
Les SCPI distribuent des revenus plus réguliers. Pour 2025, certains supports affichaient des taux de distribution autour de 6,75 % ou 7,60 %. Pourtant, le TRI de ces véhicules incorpore en plus l’évolution de la valeur de part. Si le prix de retrait baisse de 10 % sur la période, votre TRI réel peut tomber bien en dessous du taux de distribution facial. Les simulateurs fournis par les gestionnaires indiquent un TRI prévisionnel, à comparer avec l’alternative d’un simple placement en ETF mondial, aux frais de gestion nettement inférieurs, surtout si votre horizon supporte la volatilité.
Questions fréquentes
Comment calculer le taux de rendement interne dans Excel?
Utilisez la fonction TRI(plage; estimation) en plaçant le décaissement initial en négatif, puis chaque flux net positif dans des cellules consécutives. L’estimation (par exemple 10 %) aide la convergence. Une année sans mouvement doit contenir un zéro, jamais une cellule vide.
Quelle est la différence entre le TRI et le taux de rendement simple?
Le taux simple divise le gain total par la mise initiale, sans tenir compte du moment des encaissements. Le TRI intègre le calendrier des flux et fournit un taux annualisé comparable entre des placements de durées différentes. Un rendement simple de 50 % sur cinq ans peut correspondre à un TRI autour de 8,5 % seulement.
Pourquoi le TRI peut-il être multiple sur un projet?
Cela survient quand les flux changent de signe plusieurs fois (investissement, revenus, puis nouvel investissement, puis revente). Chaque changement de signe ouvre la possibilité mathématique d’un nouveau TRI. L’interprétation du résultat exige alors de vérifier la cohérence du taux avec le projet, faute de quoi le TRI classique n’est plus l’indicateur pertinent.
Le TRI est-il le seul indicateur à regarder avant d’investir?
Non. Il doit être croisé avec la VAN pour mesurer la création de richesse absolue, et avec le délai de récupération pour juger la liquidité. Pour des projets longs, le TRI modifié corrige l’hypothèse de réinvestissement. Ces trois outils forment une grille de décision plus robuste qu’un taux seul.
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