1 512 € nets par mois. C’est la pension moyenne que perçoit un retraité français, une fois cumulées sa retraite de base et sa retraite complémentaire. Un chiffre qui semble modeste, mais qui cache une réalité bien plus contrastée. Derrière lui, des millions de personnes touchent beaucoup moins, et quelques-unes beaucoup plus. Parce que le système français à étages (base + complémentaire obligatoire) ne se résume jamais à une ligne unique sur un relevé.
Fin 2022, 17,0 millions de personnes étaient retraitées de droit direct des régimes français, 85 % d’entre elles relevant du régime général de la Cnav et 12,4 millions recevant une pension complémentaire Agirc-Arrco (source : DREES, Les retraités et les retraites, édition 2024). Ce panorama, le plus récent dont nous disposons, permet de décortiquer ce que signifie vraiment « retraite moyenne en France avec complémentaire » et surtout de comprendre pourquoi ce repère ne doit pas devenir votre seul horizon.
Votre retraite ne se limite pas à 700 € : dissocier base et complémentaire
La confusion règne dans les discussions de comptoir. Quand un proche vous dit « ma retraite, c’est 800 € », il parle souvent de sa seule retraite de base. S’il est salarié du privé, il touche aussi une pension Agirc-Arrco qui peut représenter 30 % à 50 % du total. Les oublier, c’est passer à côté d’un étage entier du système.
Pour un salarié typique, la retraite de base versée par l’Assurance retraite gravite autour de 700 à 900 € bruts par mois selon la carrière, un montant qui se situe très en dessous de la moyenne nationale. C’est pourtant cette somme que d’aucuns citent pour dénoncer la faiblesse des pensions. Ajoutez la complémentaire (Agirc-Arrco pour les salariés du privé, Ircantec pour les contractuels de droit public, etc.) et vous obtenez une vision plus juste de la pension totale.
L’immense majorité des retraités du secteur privé perçoivent les deux prestations. La DREES précise que 12,4 millions de personnes bénéficient d’une pension complémentaire Agirc-Arrco. Dès lors, chercher à évaluer un niveau de vie à l’aune du seul régime général n’a aucun sens : c’est comme juger du salaire d’un cadre en ne regardant que son fixe, sans tenir compte de sa part variable.
1 512 € nets par mois : ce que cache la moyenne nationale
Ce chiffre de 1 512 € nets (1 626 € bruts, selon les données DREES 2024) est la référence officielle. Il correspond à la pension mensuelle moyenne de droit direct des personnes résidant en France, après majoration éventuelle pour trois enfants ou plus, et après déduction des prélèvements sociaux. Présenté ainsi, il semble livrer une réponse simple. En réalité, il agrège des réalités très différentes.
Brut, net, imposable : les trois visages de la pension
La pension brute (1 626 €) est celle qui figure sur votre titre de pension avant prélèvements sociaux. Une fois la CSG, la CRDS et la contribution additionnelle de solidarité retirées, le montant net versé sur votre compte s’établit en moyenne à 1 512 €. Mais ce net est encore soumis à l’impôt sur le revenu, après un abattement de 10 %. Une pension nette affichée à 1 500 € peut donc se traduire par une disponibilité réelle de 1 350 € pour une personne imposée.
💡 À noter : Le taux de CSG varie selon le revenu fiscal de référence. Un retraité modeste subit 3,8 %, un autre au-dessus du seuil paiera 8,3 %. Ce paramètre, rarement évoqué, peut créer jusqu’à 50 € d’écart mensuel entre deux personnes affichant la même pension brute.
La part réelle de la complémentaire
Les salariés du privé ayant accompli une carrière linéaire affichent une retraite complémentaire qui pèse entre 25 % et 40 % du total. Chez les cadres, qui ont cotisé sur la tranche B (au-delà du plafond de la Sécurité sociale), la complémentaire peut dépasser la moitié de la pension globale. En sens inverse, des carrières hachées ou à temps partiel limitent l’acquisition de points : la part complémentaire peut alors se réduire à quelques dizaines d’euros mensuels.
Autre vérité qui dérange : la moyenne est bien plus élevée que la médiane. La DREES ne publie pas la médiane exacte, mais les études de l’Insee suggèrent qu’elle se situe autour de 1 350 € nets. En clair, la moitié des retraités touchent moins que ce seuil. Les pensions s’étirent depuis moins de 800 € nets pour les anciens travailleurs aux carrières discontinues jusqu’à plus de 2 500 € nets pour certains cadres dirigeants. S’accrocher au seul chiffre de 1 512 €, c’est ignorer cette réalité.
Salariés, fonctionnaires, indépendants : des réalités qui n’ont rien à voir
Les règles du jeu ne sont pas les mêmes selon votre statut professionnel. La retraite moyenne avec complémentaire diffère du tout au tout entre un ancien salarié du privé, un fonctionnaire et un indépendant.
Le salarié du privé : la base, avec un supplément
Au régime général, la pension moyenne est de 711 € bruts par mois pour les femmes et de 972 € pour les hommes, selon les données de l’Assurance retraite au 31 décembre 2025 reprises par Groupama. Ces montants n’incluent pas la complémentaire Agirc-Arrco, qui ajoute en moyenne 400 à 500 € bruts. L’addition donne une pension totale qui avoisine 1 200 à 1 500 € nets, selon la durée de cotisation et le profil de carrière. Un ancien salarié ayant eu une carrière complète sans interruption se situe généralement au-dessus de cette fourchette, mais beaucoup de retraités du privé restent en deçà de la moyenne nationale, surtout les femmes.
Le fonctionnaire : un régime à part
Les fonctionnaires sont affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) ou au régime d’État. Leur pension est calculée sur le traitement indiciaire des six derniers mois, souvent plus favorable que le salaire moyen de carrière. Ajoutez le régime additionnel de la fonction publique (RAFP) par points, et vous obtenez des pensions qui dépassent fréquemment 1 800 € nets pour les catégories B et A. L’écart avec le privé est structurel et le débat sur son opportunité dépasse le cadre de cet article, mais il est utile de le connaître si vous comparez votre propre situation.
L’indépendant et l’agriculteur : un socle fragile
Les artisans, commerçants et professions libérales cotisent au régime de base des indépendants et à des caisses complémentaires spécifiques. Les niveaux de pension y sont souvent plus faibles que dans le privé, car l’assiette de cotisation est moins large et les mécanismes de points moins généreux. Chez les exploitants agricoles, malgré des revalorisations récentes, la pension totale dépasse rarement 900 € nets. La moyenne nationale n’a donc pas grand-chose à voir avec la réalité de ces populations.
Pourquoi les femmes touchent nettement moins, même avec la complémentaire
Les femmes représentent 53 % des retraités de droit direct (DREES 2024), mais elles perçoivent une pension totale bien inférieure à celle des hommes. La complémentaire ne fait qu’accentuer cet écart.
L’écart de pension totale entre les sexes est estimé par la DREES à près de 30 %. Les raisons sont bien documentées : carrières plus courtes et plus souvent interrompues (éducation des enfants, temps partiel), rémunérations moyennes plus faibles à poste équivalent. Ces deux facteurs se répercutent mécaniquement sur la retraite de base, mais surtout sur la retraite complémentaire.
La complémentaire Agirc-Arrco est calculée par points, proportionnellement aux salaires bruts. Des années à temps partiel ou un salaire inférieur réduisent le nombre de points accumulés, parfois de façon drastique. Une femme cadre dirigeante qui aurait connu une carrière continue touchera une pension confortable, mais les statistiques montrent que les inégalités salariales de la vie active se traduisent par une retraite complémentaire très inférieure pour la moyenne des femmes. Les majorations pour enfants (trimestres supplémentaires, majoration de pension) ne comblent qu’une fraction du fossé.
L’écart tend à se réduire chez les jeunes générations, parce que les femmes travaillent plus longtemps et que les salaires convergent lentement. Néanmoins, pour la majorité des retraitées actuelles, la double peine base et complémentaire demeure une réalité.
L’âge de départ, le paramètre qui peut tout changer
Comparer votre future retraite à une moyenne nationale n’a de sens que si vous connaissez votre âge de départ prévu. Chaque trimestre compte.
La retraite de base est calculée avec un taux de 50 % du salaire annuel moyen si vous avez la durée d’assurance requise. Partez avant : une décote de 1,25 % par trimestre manquant s’applique. Restez après : une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire s’ajoute. Sur une carrière longue, différer son départ de deux ans peut accroître la pension de base de 5 % de façon définitive.
Pour la complémentaire Agirc-Arrco, le mécanisme diffère. Si vous prenez votre retraite à taux plein au régime général mais avant 67 ans, une minoration temporaire de 10 % peut s’appliquer pendant trois ans sur votre complémentaire. Perdre 10 % de sa pension Agirc-Arrco pendant trois ans, cela représente un manque à gagner de plusieurs milliers d’euros. Beaucoup de futurs retraités n’intègrent pas ce paramètre dans leur réflexion.
Ces règles produisent des écarts massifs, sans aucun lien avec la moyenne nationale. Un salarié qui liquide sa pension à 62 ans avec une décote perçoit parfois moins de 1 000 € nets, alors qu’un collègue parti à 64 ans avec surcote peut dépasser 1 500 €. Dans les deux cas, le socle complémentaire amplifie l’effet du choix d’âge.
Au-delà de la moyenne, votre futur dépend d’une épargne volontaire
Connaître la retraite moyenne en France avec complémentaire ne répond pas à la seule question qui compte pour vous : mon train de vie à la retraite sera-t-il suffisant ? La réponse dépend de vos dépenses actuelles et du taux de remplacement que vous visez.
1 512 € nets, c’est un socle. Mais si vos charges fixes atteignent 2 500 € par mois, vous devrez puiser dans une épargne personnelle longtemps avant 85 ans. Se contenter de comparer sa future pension à la moyenne revient à piloter son avenir avec un thermomètre défectueux.
Pour construire un complément, les enveloppes disponibles ne manquent pas. Un plan d’épargne retraite (PER) permet de déduire les versements de votre revenu imposable et de capitaliser sur le long terme. Un PEA, détaxé après cinq ans, offre une souplesse appréciable si vous voulez disposer du capital avant la retraite ou le transmettre. La clé, c’est de commencer tôt et de manière régulière, même avec des montants modestes.
Quiconque cherche à dégager une épargne mensuelle rapidement sait que le premier levier est la maîtrise de son budget. Une application de gestion de budget peut vous montrer où se cachent les 100 ou 200 € qui vous manquent chaque mois pour alimenter un PER. Et une fois cette discipline en place, gérer son argent efficacement consiste à orienter cette épargne vers les bons supports, sans se laisser distraire par les offres bancaires qui promettent des miracles.
La moyenne nationale ne doit pas vous faire peur. Elle doit vous signaler une chose : le système collectif assure une pension minimale à la plupart d’entre nous, mais il ne garantit en aucun cas le maintien du niveau de vie. Ce que vous mettez de côté aujourd’hui, vous ne le retrouverez nulle part ailleurs demain.
Questions fréquentes
Quelle est la retraite complémentaire moyenne pour un salarié du privé ?
La complémentaire Agirc-Arrco se situe autour de 400 à 500 € bruts par mois en moyenne, mais ce chiffre est très dispersé. Un ancien cadre peut toucher plus de 800 €, tandis qu’un salarié à temps partiel se contente de 150 à 200 €. Votre relevé de points personnels, consultable sur le site Agirc-Arrco, est le seul outil fiable pour estimer votre propre complémentaire.
La retraite complémentaire est-elle imposable ?
Oui. Elle est soumise à l’impôt sur le revenu, après un abattement de 10 % (plafonné), et aux prélèvements sociaux (CSG, CRDS, etc.). Le taux de CSG dépend de votre revenu fiscal de référence : 8,3 % pour la plupart des retraités, 6,6 % ou 3,8 % pour les revenus modestes, voire 0 % sous certains seuils.
À quel âge peut-on percevoir sa retraite complémentaire ?
La pension complémentaire est versée à la même date que votre retraite de base, à condition d’avoir atteint l’âge légal de 62 ans (ou moins en cas de départ anticipé). Si vous demandez la liquidation avant d’avoir tous vos trimestres pour le taux plein, la complémentaire subit une minoration temporaire, même si votre retraite de base est déjà affectée par la décote.
Le montant de 1 512 € nets comprend-il la pension de réversion ?
Non. La moyenne DREES de 1 512 € nets porte uniquement sur les pensions de droit direct, c’est-à-dire acquises par le retraité grâce à sa carrière personnelle. Les pensions de réversion versées aux conjoints survivants ne sont pas intégrées. Les inclure ferait légèrement monter la moyenne apparente, mais nuirait à la lisibilité pour qui souhaite estimer ses propres droits.
Votre recommandation sur retraite moyenne en france avec complémentaire
Quelques questions pour adapter notre conseil à votre situation patrimoniale.