En septembre 2023, un lecteur de Lyon a vendu une partie de son portefeuille obligataire pour acheter un immeuble de rapport de 120 000 € : après travaux et mise en location, il a commencé à percevoir 650 € nets de loyers par mois, indexés annuellement. Cette opération illustre l’idée simple qui a guidé nombre d’investisseurs cette année‑là : ajuster la composition du portefeuille pour limiter l’érosion du pouvoir d’achat.
Pourquoi écrire sur 2023 maintenant ? Parce que les choix faits cette année-là ont fixé des trajectoires : certains ont verrouillé des rendements réels négatifs ; d’autres ont profité d’actifs peu corrélés à l’inflation. J’ai analysé les pistes les plus efficaces retenues par des investisseurs individuels et des gérants, et je donne ici des actions précises, chiffrées et comparées.
Une allocation 60/40 a souvent sous‑performé de 10–15 % en pouvoir d’achat en 2023
Raconter le parcours d’un salarié à Nantes montre le raisonnement : en janvier 2023, son allocation 60 % actions / 40 % obligations affichait une performance nominale correcte, +2,5 % sur 12 mois. Après inflation moyenne 5–6 % en zone euro, son rendement réel était négatif de l’ordre de 3–4 %. Certains portefeuilles ont même perdu l’équivalent de 10–15 % de pouvoir d’achat si l’on prend en compte la dépréciation des obligations à taux fixe.
Cette situation a poussé plusieurs gérants à réduire la part d’obligations nominales. Plusieurs mesures concrètes ont été expérimentées : réduction de 20 points de la part obligataire, bascule vers des titres indexés sur l’inflation et renforcement de l’allocation en matières premières. Pour qui cherche une règle simple, limitez l’exposition aux obligations longues et préférer des durées courtes (moins de 5 ans) ou des obligations indexées.
💡 Conseil : Réallouez 10–20 % de votre poche obligataire vers des obligations indexées inflation ou ETF inflation-linked d’ici la prochaine fenêtre d’achat.
3 classes d’actifs ont réellement surperformé en 2023 selon des relevés marché
Les actions sectorielles liées à l’énergie, les matières premières physiques et l’or ont été en tête ; les chiffres le montrent. Le secteur énergie a enregistré des hausses à deux chiffres en 2023 sur certains indices européens, tandis que l’or a atteint des prix moyens proches de 1 900–2 000 $ l’once selon les relevés COMEX. Les ETF matières premières ont rendu des performances positives nettes après frais pour les investisseurs exposés correctement.
Investir dans ces actifs requiert des précautions : les ETF sont pratiques, mais les frais varient. Par exemple, un ETF matières premières à réplication synthétique peut facturer 0,45 % par an, alors qu’un ETF or physique peut être à 0,12–0,25 %. Comparez les TER avant d’acheter. Pour une synthèse sur les ETF, consultez notre dossier dédié sur les ETF (/articles/etf/).
⚠️ Attention : Les matières premières subissent de la volatilité intrajournalière ; évitez d’allouer plus de 15 % de votre portefeuille à cette catégorie sans gestion active.
Les ETF indexés sur l’inflation sont souvent le meilleur compromis pour 2023
Affirmer cela n’est pas dogme, c’est constat. Acheter un ETF obligataire indexé sur l’inflation (par exemple obligations indexées sur l’IPC européen) apporte une protection mécanique : coupon et capital montent avec l’inflation. En 2023, ces produits ont limité la perte de pouvoir d’achat comparée aux obligations nominales longues. Les frais typiques tournent autour de 0,10–0,40 % par an.
Concrètement, une poche de 10 000 € en ETF inflation-linked a mieux protégé que 10 000 € en OAT 10 ans classiques. Les investisseurs en quête de simplicité devraient privilégier des ETF à réplication physique, avec encours supérieurs à 200 M€ et un spread faible. Et rappelez‑vous : liquidité et TER comptent.
📌 À retenir : Un ETF inflation-linked bien choisi (encours > 200 M€, TER < 0,30 %) compense une partie de l’inflation sans complexité de gestion.
La détention d’or physique ou via ETF a été payante pour 1 investisseur sur 2 en 2023
Constat fait à partir d’échanges avec courtiers à Paris : l’or a servi de valeur refuge. Les raisons : corrélation faible avec actions et obligations, demande persistante des banques centrales (achat net chez plusieurs banques centrales en 2023). Acheter 100 g d’or physique coûte environ 5 400 € si le gramme est à 54 € ; ajoutez 1–3 % de prime chez un négociant, puis stockage et assurance (environ 0,5–1 % du montant par an si dépôt en coffre privé).
Si vous préférez la simplicité, un ETF or physique est souvent plus économique : frais de 0,12–0,25 % et liquidité quotidienne. Pour un horizon de 3–5 ans, l’or offre une couverture partielle ; sur 12 mois, la volatilité peut être de l’ordre de ±10 %.
L’immobilier locatif a été la solution la plus tangible pour 120 000 € de capital moyen
Un investisseur type ayant 120 000 € en 2023 pouvait acheter un petit appartement en province avec leverage bancaire. Les loyers ont été indexés par clauses d’indexation (indice de référence des loyers) ; in fine, la combinaison leverage + indexation peut générer un rendement net de 3–5 % après charges, parfois plus quand la revalorisation des loyers suit l’inflation.
Deux paramètres à maîtriser : taux d’emprunt et durée. En 2023, un prêt immobilier taux fixe sur 20 ans en France pouvait se négocier autour de 2,0–3,0 % selon le profil. Si le loyer augmente de 3–4 % par an, la logique est favorable. Pourtant, les frais d’entrée (notaire 7–8 % en ancien) et travaux doivent rester maîtrisés.
💡 Conseil : Privilégiez un bien sous 150 000 € avec une rentabilité locative nette supérieure à 4,5 % et signature de bail incluant indexation annuelle.
Primes de risque et dettes : 1,2 million de foyers ont ressenti l’effet des taux variables en 2023
Le crédit à taux variable a pénalisé des ménages. En France, une proportion notable d’emprunts à taux révisable a vu des mensualités augmenter de 5–10 % sur des horizons courts quand les taux courts ont remonté. Pour des foyers avec 1 000 € de mensualité, une hausse de 8 % représente +80 € par mois, soit presque 1 000 € sur l’année.
Actions à mener : renégociation de prêt si possible, conversion en taux fixe quand le différentiel est acceptable (coûts de sortie, indemnités), ou constitution d’un coussin cash équivalent à 3–6 mois de charges. Évaluez le coût total : si la conversion coûte 2 500 € mais économise 300 € mensuels, elle devient rentable en moins de 9 mois.
⚠️ Attention : Vérifiez les pénalités de remboursement anticipé et le spread de la banque avant toute conversion.
7 actions concrètes à mettre en œuvre (liste chiffrée et priorisée)
- Réduisez la part d’obligations longues de 10–20 % au profit d’obligations indexées.
- Allouez 5–15 % à l’or via ETF physique si vous craignez une dépréciation monétaire.
- Consacrez 5–10 % aux matières premières via ETF si votre horizon dépasse 2 ans.
- Achetez un bien locatif sous 150 000 € avec rentabilité nette > 4,5 %.
- Transformez les prêts à taux variable si l’économie est à votre avantage (calculez break‑even).
- Conservez un coussin de liquidités couvrant 3 mois de dépenses, pas plus (liquidités longues perdent du pouvoir d’achat).
- Réévaluez les frais : chercher des ETF à TER < 0,30 % quand c’est possible.
Ces chiffres sont des ordres de grandeur. Les couts varient : TER, frais de transaction, prime d’assurance coffre, frais notariaux. Calculez toujours le retour net.
Comment appliquer cela en pratique sur une ligne de courtage
D’abord, vérifiez la taille de votre compte et vos ordres existants. Pour un portefeuille de 50 000 €, allouer 5–10 % aux ETF inflation-linked implique un ticket d’achat de 2 500–5 000 €. Utilisez des ordres limités si vous visez un spread serré. Les frais de courtage peuvent aller de 1,50 € à 9 € par ordre selon la plateforme : comparez.
Ensuite, privilégiez des ETF émis par fournisseurs reconnus (iShares, Lyxor, Amundi) et vérifiez l’encours. Un encours inférieur à 20 M€ peut poser un risque de liquidité. Enfin, documentez la fiscalité : plus-value sur ETF en PEA vs CTO diffère ; l’immobilier réclame régime micro‑foncier ou réel. Décidez en fonction de votre situation fiscale.
📌 À retenir : Pour un portefeuille type 50 000 €, un ajustement simple (réduction de 10 % d’obligations, ajout de 5 % ETF inflation, 5 % or) peut améliorer le rendement réel sans surcharger la gestion.
FAQ
Q : Quels ETF choisir pour se couvrir contre l’inflation en 2023 ?
R : Favorisez des ETF indexés inflation avec encours > 200 M€, TER < 0,30 % et réplication physique. Recherchez des titres adossés à l’IPC européen ou TIPS selon votre devise. Vérifiez liquidité et spread avant achat.
Q : L’or physique vaut‑il mieux que l’ETF or pour un particulier ?
R : Si vous souhaitez contrôle et anonymat, l’or physique est pertinent mais attendez des primes de 1–3 % et des coûts de stockage ~0,5–1 % par an. L’ETF or est moins coûteux (TER ~0,12–0,25 %) et plus liquide ; il convient mieux pour une allocation simple.
Q : Dois‑je vendre mes obligations pour acheter de l’immobilier en 2023 ?
R : Pas systématiquement. Vendez si vos obligations sont longues et affichent une performance réelle négative. Pour un achat immobilier, calculez le cash‑flow net, coûts d’acquisition (notaire 7–8 %) et la capacité d’endettement. Une arbitrage partiel (20 % de la poche obligataire) est une approche prudente.